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  • marinegauvain

2022: Avis de tempête



Illustration originale, décembre 2022-Aquarelle, gouache, impression de feuilles et broderie.

2022 part, à grandes éclaboussures, elle a débordé de partout, comme des toilettes bouchées.


2022 s'en va dans la grisaille, elle s'en va sous la pluie et les rafales

dans un torrent d'eau, celui que j'ai porté en moi toute l'année

qui m'a fait chavirer en janvier.


J'ai plu des rivières de larmes, je suis allée me fracasser sur les rochers, j'ai appelé à l'aide, j'ai cherché la lumière dans la morve, les hoquets, les cris, la rage.

Mes tripes s'en sont donné à coeur joie, un festival de noeuds et de torsions, entre la godille et le roulis.

Je suis sortie affamée dans le soleil trop dur, trop chaud, trop lumineux, à traîner ma fatigue et mes savates tout au long de ces douze très longs mois.


J'ai caracolé dans la Diagonale du Vide à chercher les poches de résistance de la vie sauvage et à taper aux portes mourantes des villages. Pour la première fois depuis douze ans, je me suis remise à faire des mini-BD, des scénettes en noir et blanc sur notre excursion au bord des chemins. Ça m'a fait du bien.


J'ai vendangé au milieu d'un groupe tout aussi hétéroclite et fascinant que celui rencontré à la clinique psychiatrique, et cette fois j'étais dehors, je faisais quelque chose d'utile, de physique, et mon insomnie chronique n'a pas tenu les derniers jours face à l'ampleur de la fatigue cumulée des vendanges. Merci la vigne pour ça.


Mes ami.e.s m'ont montré leur solidarité quand j'ai basculé dans le vide, et j'ai eu droit à un beau bouquet de fleurs que j'ai gardé jusqu'au dernier jour, et j'étais si triste de le jeter. Après coup je me suis dit que c'était trop bête et que j'aurais du le garder pour le compost. Mes ami.e.s auraient adoré.


Je me suis sentie trahie, j'ai vomi toute ma haine, ma solitude, mon mal d'amour dans je ne sais combien de cabinets, j'ai éructé le mal partout où il était possible dans mon corps de l'éructer, ce fut une symphonie rarement vécue de sonorités dissonantes - mais au final salvatrices.

Je crois.

J'ai tant travaillé cette année, reçu si peu d'argent en retour.

Je n'ai eu que des non à toutes mes propositions d'illustrations dans les secteurs qui m'intéressaient et également dans ceux qui ne m'intéressaient pas.

J'ai enchaîné trois marchés de Noël hyper différents, et j'ai appris que ce n'est pas la foule qui fait l'argent. Je remercie du fond du coeur mes clients et visiteurs avec qui j'ai échangé, discuté, et pour la première fois, face à leurs questionnements et à mes réponses, je me suis sentie professionnelle.

Montmartre a été un fiasco, la boutique a été un fiasco, mais j'ai eu le privilège de visiter ce quartier hautement touristique en étant seule dans les rues et en ayant le loisir d'observer les détails de Montmartre, et c'était plaisant d'avoir tout l'espace à soi. Dommage pour mes oeuvres, déjà bien perdues dans la boutique, de ne pas avoir eu droit à plus de regards curieux pour les sortir de l'anonymat.


Je n'espère rien de cette nouvelle année qui commence.

Je décide de marcher à l'aveugle et sans espoir,

car croire à la lumière m'a tuée,

c'est ce que je me suis dit et redit quatre cent mille fois par jour dans cette chambre avec vue sur la Tour Eiffel, perdue dans le béton de cette partie de région parisienne qui ne fait pas rêver, oui, c'est vrai, la lumière m'a tuée.

Je ne veux pas redéfinir des contours gracieux, ça m'a détricoté le bide, je préfère fabriquer du beau à partir du moche et du bancal, ça a un côté plus rassurant.


J'ai peint pour la première fois de ma vie une voiture de course, et il était rudement content.

J'ai changé tous mes logiciels, et mon ordinateur est encore en un seul morceau- un miracle. Mais ça m'a valu également l'entrée tout droit à la clinique. Informatique et moi ne faisons pas bon ménage.


2022 une claque,

un baroufle d'enfer.

J'en reviens pas d'entendre encore, tant ces douze mois ont fait du bruit.


Haut les coeurs! La houle est là, prenons la vague, elle nous amènera forcément vers un horizon.


Bien à vous,

tempétueusement,


Marine.


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