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Ce qui se cache derrière une exposition

  • marinegauvain
  • il y a 21 heures
  • 5 min de lecture

La face cachée des expositions


photographie de l'artiste Marine Gauvain devant une de ses oeuvres originales lors d'un marché.
©Valentin Parage/ Salon des Talents, décembre 2021

"Pourquoi tu ne fais pas d'exposition?"


C'est une question qu'on me pose souvent.

Par exposition, j'entends une exposition personnelle.

Depuis le début de mon activité, démarrée en 2017, j'ai toujours exposé dans des marchés, surtout des marchés de Noël. J'en fais entre un et trois par an, selon les dates de disponible. Mais jusqu'à cette année (2026) j'ai toujours refusé de faire des expositions personnelles.


Pourquoi?


Parce que c'est énormément de travail bénévole.

Et que nous ne sommes pas rémunérés pour exposer.


Nous payons pour exposer, pour présenter notre travail aux visiteurs quand, pour eux, tout est gratuit.

Ma mère a été artiste-peintre et je l'ai toujours vu galérer au moment des expositions. Par chance, mon père est bricoleur et aime énormément le travail du bois, c'est lui qui fabriquait tous ses cadres. Mais cela lui prenait un week-end entier pour les faire.

Quand j'ai commencé mon activité d'illustratrice, j'ai demandé à ma mère si elle était rémunérée pour ses expositions.

Elle m'a répondu dans un grand éclat de rire:

"Bien sûr que non!"

Donc si tu dois fournir trente-quatre oeuvres pour ton exposition et que tu n'en as que quinze sur les bras, les quinze autres à réaliser sont pour ta pomme.

Personne ne te paye pour ça, alors que tu travailles.


photographie d'une main tenant des pinceaux avec en arrière-plan une palette d'artiste.

Il faut donc prendre ce temps de création gratuit en considération.


Puis vient aussi le moment de l'encadrement ; pareil, acheter un ou deux cadres, ça va, mais pour une trentaine d’œuvres, ça commence à peser lourd dans la balance.

Et pas de cadres IKEA avec un support en plastique qui remplace le verre pour des illustrations originales ; le plastique ne protège pas l’œuvre et souvent ces cadres bon marchés sont de piètres qualité.

Hors les cadres de qualité, ça coûte cher.

Et cette fois ci, je ne peux pas compter sur mon papa comme ma mère a pu le faire pour ses tableaux.


Il faut ensuite nettoyer chaque cadre.

Cela prend du temps. Surtout que les poussières sont vicieuses, il y en a toujours une ou deux qui vient se mettre à nouveau au moment de clipser les attaches du cadre.

Puis parfois il faut aussi fabriquer les passe-partout, car les cadres ne sont pas forcément vendus avec, et parfois ne correspondent pas à la taille du papier (chez nous, les illustrateurs, on n'a pas de taille standard, nous n'avons que des tailles bâtards >.<)

Ca aussi, ça prend du temps.


Et vous croyez que mettre les illustrations dans les cadres, c'est facile?

Pas tant que ça. Surtout si, comme moi, vous ne pouvez pas vous payer les cadres Nielsen, les meilleurs du marchés, et que vous avez droit aux cadres qui ont des attaches noires en plastiques derrière. Ça, c'est l'horreur.

Ces petits bouts noirs sont ma bête noire, ma hantise ; déjà ça fait mal aux doigts de les déplier, et puis il faut vraiment bien bien les plaquer contre les rebords du cadre pour pouvoir replacer le support en bois derrière votre illustration; sinon celui-ci ne rentre pas.

Et puis ces petits machins noirs bien relous, et bah, des fois, ils cassent.

Donc il faut aller réparer tout ça.



LE JOUR DE L'EXPO


Préparation de mon exposition de mes aquarelles à l'hôtel de Mézière à Eaubonne. Oeuvres originales de Marine Gauvain

Alors ce jour arrive.

Tadaaaaa.


Première étape: emballer d'abord chaque œuvre dans du papier bulle.

Deuxième étape: tout mettre dans le coffre.

Troisième étape: se rendre sur le lieu de l'exposition.

Quatrième étape: décharger la voiture, transporter les œuvres;

Cinquième étape, la plus rigolote: INSTALLER L'EXPO.


le kiffe.


(vous sentez le sarcasme? )


Pour ma première exposition collective, j'ai mis cinq heures à tout installer.

L'horreur.

Bon, il faut savoir aussi que je sortais tout juste d'un voyage, je venais d'atterrir, j'étais un peu fatiguée.


Pour accrocher les tableaux au mur, on utilise ce qu'on appelle des CIMAISES.


Les CIMAISES, c'est ma grande histoire d'amour.

Comprenez que j'ai très souvent envie de les envoyer balader.

Même si se sont plutôt elles qui envoient balader mes œuvres,

D'où ma haine à leur encontre.


Au XXIème siècle, on n'a toujours pas trouvé à priori de système pratique pour les cimaises.

Comprenez que ce sont de longues tiges qu'on vient encastrer comme on peut dans des plinthes posées en hauteur sur le mur.

"Mais non Marine, il n'y a aucune raison pour qu'elles s'enlèvent" on m'a dit.

Tu parles, Charles.

Trois ou quatre fois j'ai vu avec horreur la cimaise se détacher du mur et foncer droit sur moi avec toutes mes œuvres accrochées dessus,

Et moi sur l'échelle évidemment.

Par miracle, il n'y a eu qu'une casse, mais elle a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et m'a valu une belle crise de larmes.

Bon.

Et une fois accrochées aux cimaises, les œuvres, vous croyez qu'elles font quoi?

Qu'elles se mettent droite d'elles-même?

Bah non.

Là aussi, il y a un beau ballet qui s'enchaîne de "un peu plus vers la gauche" "un peu plus vers la droite cette fois" "un millimètre à gauche "non là c'est trop à gauche maintenant..." et ce cirque vaut pour TOUTES LES ŒUVRES.



photographie de l'artiste Marine gauvain en train de mettre en place les cartels pour son exposition d'illustrations.

PENDANT L'EXPOSITION


Ensuite, c'est à nous, artistes, d'être sur place pour accueillir les visiteurs, leur présenter l'exposition, et, si jamais, encaisser les ventes, tout ça tout ça.

Gratuitement, vous l'aurez compris.

Parfois les journées sont longues, car il n'y a pas grand-monde. On prend son mal en patience.

Il peut faire très froid (j'ai fini en bonnet et grosse écharpe mi-mai. Fin mai on était en canicule)

Bref, on prend du temps sur son temps de création pour très souvent faire office de piquet dans une salle remplie de courant d'air.


Et une fois l'exposition terminée, on refait tout dans l'autre sens

(j'ai mis une heure par contre à tout ranger, allez, une heure et demie peut-être)


Et pour un résultat financier pas fameux.



Pourquoi j'ai choisi malgré tout de faire cette exposition?



Portrait de l'illustratrice Marine Gauvain devant ses illustrations exposées à l'hôtel de Mézière, à Eaubonne.


-----> on est venu me chercher, et c'était bien la première fois que cela m'arrivait. Je connaissais la commissaire d'exposition (qui elle aussi fait tout bénévolement) j'adore son travail et elle prend très au sérieux le fait de construire une expo de A à Z. Et cette expo, elle était vraiment belle, nous n'avons eu que des compliments.

-----> c'était pas très loin de chez mes parents, je pouvais me rendre à pied chaque jour pour les permanences, donc c'était très pratique.

-----> je me suis sentie valorisée de faire partie de cette très belle exposition collective, qui présentait un beau travail d'artistes de qualité. La mise en scène était très cohérente et les œuvres se répondaient parfaitement.

-----> le thème me correspondait parfaitement: "Invitation à la balade.".. je n'ai pas eu loin à chercher dans mes œuvres :)

Les visiteurs ont adoré, ils se sont sentis apaisés, bien, émerveillés lors de leur déambulation.


Mais au vu de tout le travail personnel que cela implique, je trouve ça insultant que personne ne nous rémunère pour ça.

Quand les visiteurs ont tout à gagner en allant dans cette expo, nous on a tout à perdre.

Le travail en amont est énorme, énergivore.

Et sans garantie de succès financier par la suite.


Alors pensez à nous chaque fois que vous entrez dans une salle d'exposition.

Et par pitié quand vous regardez le prix d'une oeuvre, ne vous dites pas "c'est trop cher" mais plutôt "ce n'est pas dans mes moyens".

Parce que pour tout le temps que l'artiste a consacré à cette exposition, son œuvre ne sera jamais suffisamment chère.


J'espère que cet article explicatif vous aura plu.


A une prochaine!

Marine

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